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Felicia Ansah Abban : Regards Pionniers sur 60 Ans de Photographie

Jeune photographe prodige

Felicia Ansah Abban voit le jour en 1935 à Sekondi, ville portuaire du sud-ouest du Ghana. Héritant d’une passion précoce pour la photographie, elle devient l’apprentie de son père, Joseph Emmanuel Kwesi Gyasi Ansah, photographe renommé. À seulement 14 ans, elle entame un apprentissage de quatre ans, devenant la seule apprentie féminine de son père. À 18 ans, munie de cet enseignement exceptionnel, elle s’installe à Accra, se marie avec Robert Abban, et établit son propre studio, le célèbre « Mrs. Felicia Abban’s Day and Night Quality Art Studio ».

Dessin de Sarah Ponceblanc représentant Felicia Abban, peau noire, cheveux courts, boucles d'oreille et appareil photo à la main
Felicia Abban © Sarah Ponceblanc

60 ans d’une carrière exceptionnelle

Installée à Accra pendant les premières années de l’indépendance du Ghana, Felicia Abban devient la première femme photographe professionnelle du pays, une carrière qui s’étend sur 50 ans. À proximité du grand photographe ghanéen James Barnor, elle devient une figure respectée et prend à son tour des apprenties féminines.

Les débuts à Accra

Felicia se distingue par ses nombreux portraits et autoportraits, témoignant de l’ambiance post-indépendance du Ghana. Ses autoportraits, mélangeant les codes de la mode occidentale et des tissus traditionnels ghanéens, reflètent l’influence de son mari, directeur de création à la Ghana Textiles and Manufacturing Company.

Extrait d’une photo de Felicia Abban

La reconnaissance avec Kwame Nkrumah

Felicia Abban attire l’attention de Kwame Nkrumah, le premier président du Ghana, grâce à la qualité exceptionnelle de son travail. Elle rejoint une équipe de journalistes, travaillant pour le Guinea Press Limited. Elle couvre d’importants événements, dont la visite de la reine Elizabeth II en 1961. Cependant, après le renversement de Kwame Nkrumah en 1966, elle fait face à des critiques en raison de sa proximité avec le pouvoir et met temporairement fin à sa carrière de photographe.

Source de la photo : L’oeil de la photographie

La période post-coup d’État

Malgré les difficultés, Felicia Abban reprend son activité de photojournaliste et de portraitiste. Elle capture des moments clés de l’histoire ghanéenne, photographiant notamment Jerry Rawlings, qui dirige le pays de 1979 à 2001. En 1998, elle est élue présidente nationale du syndicat Ghana Union of Professional Photographers.

Début de reconnaissance tardive

En dépit d’une carrière exceptionnelle, il faut attendre 2017 pour que la première exposition publique dédiée à Felicia Abban voie le jour à la galerie ANO à Accra. Depuis, des efforts sont déployés pour faire connaître et reconnaître son œuvre, avec la perspective de transformer son studio en musée. Ses photographies sont également exposées lors d’événements majeurs, comme la 58e Biennale de Venise en 2019 et les 12e Rencontres africaines de la photographie à Bamako.

Un héritage photographique indélébile

Atteinte d’arthrite, Felicia Abban prend sa retraite en 2013 à l’âge de 78 ans, laissant derrière elle un héritage photographique riche et captivant. Son décès en janvier 2024 à l’âge de 88 ans marque la fin d’une ère, mais son impact sur la photographie au Ghana et en Afrique de l’Ouest perdure. La galerie ANO et d’autres institutions continuent de travailler à la préservation et à la diffusion de son précieux héritage, honorant ainsi la première femme photographe professionnelle de la région.

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