La lutte contre le piratage numérique en France a franchi une nouvelle étape en avril 2025, avec un jugement massif du tribunal judiciaire de Paris ordonnant le blocage de plus de soixante adresses de sites pirates par les quatre principaux FAI français. Cette décision cible dix-sept plateformes emblématiques du piratage francophone, dont Torrent9, Cpasbien et Monstream. Cependant, derrière ce chiffre de 60 domaines bloqués se cache une réalité bien plus complexe : les adresses de sites pirates continuent de proliférer, mutent constamment et restent largement accessibles pour les utilisateurs avertis.
Cette offensive judiciaire représente un tournant symbolique mais non définitif dans la répression du piratage français. Les statistiques officielles de l’Arcom montrent une réduction de la part des pirates français, passant de 22% en 2021 à 16% en 2023. Pourtant, plusieurs millions de Français continuent de contourner les blocages via des VPN, des DNS alternatifs et des domaines en perpétuelle mutation.
Cet article plonge dans la dynamique impitoyable du jeu du chat et de la souris entre les autorités judiciaires et les administrateurs de ces plateformes, illustrant comment les blocages ne parviennent jamais à éradiquer le phénomène. À travers les témoignages de trois utilisateurs réels confrontés à ce paysage en perpétuelle mutation, nous décortiquons la réalité technique, légale et sociale du piratage français en 2026.
| 🎯 Aspect | 📊 Détail |
|---|---|
| ⚖️ Décision | 60 domaines bloqués (avril 2025) |
| 🔗 Plateformes visées | 17 sites principaux |
| 🌐 FAI impliqués | Orange, SFR, Bouygues, Free |
| ⏰ Durée du blocage | 18 mois minimum |
| 📈 Réduction pirates | 22% → 16% (2021-2023) |
| 🔓 Contournement | VPN, DNS alternatifs, nouveaux domaines |
| 🔄 Volatilité | Domaines changent régulièrement |
L’offensive judiciaire d’avril 2025 : une victoire illusoire
La décision du tribunal de Paris
En avril 2025, le tribunal judiciaire de Paris a ordonné un blocage sans précédent de 60 domaines associés au piratage de contenus audiovisuels et musicaux. Cette décision contraint Orange, SFR, Bouygues Telecom et Free Mobile à implémenter des filtres DNS et des blocages IP pour rendre inaccessibles un grand nombre d’adresses de sites pirates.
Les chiffres bruts impressionnent : 28 domaines associés à Torrent9, 8 à Cpasbien, 9 à Monstream, plus d’autres pour des sites moins connus comme Magnetdl, Darkino, Wawacity, Tirexo et YggTorrent. Au total, 17 plateformes principales sont ciblées. Cependant, ces chiffres masquent une réalité troublante : chaque site bloqué possède déjà des domaines alternatifs en attente.
La décision reconnaît explicitement cette volatilité en mettant en place un système de « liste dynamique » permettant aux FAI de mettre à jour les blocages sans retourner devant le juge. C’est une admission tacite que ces adresses de sites pirates changeront et qu’une surveillance perpétuelle sera nécessaire.
Les stratégies d’adaptation des pirates
Les administrateurs de ces plateformes ont développé une stratégie sophistiquée : la multiplication des extensions de domaine. Au lieu de proposer un seul domaine (cpasbien.com), ils enregistrent des dizaines de variantes avec des extensions peu courantes : .cz, .fr, .cc, .fun, .gy, .moe, .ms, .mx, .ps, .rsvp, .st, .zip.
Cette fragmentation volontaire est à la fois simple et efficace. Les extensions exotiques comme .ninja, .men, .ceo, .blog compliquent le travail des autorités. Pire encore, certaines extensions correspondent à des pays avec régulation laxiste : .gd (Grenade), .cz (République tchèque), .lc (Sainte-Lucie). Ces juridictions offrent une protection légale relative contre les demandes de blocage françaises.
Pour les utilisateurs, cette volatilité crée un environnement instable où trouver les adresses de sites pirates fonctionnelles devient un défi constant. Les forums, groupes Telegram et subreddits dédiqués au piratage publient régulièrement les nouvelles adresses actives. C’est un système d’information décentralisé que les autorités ne peuvent pas contrôler.
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Trois histoires de confrontation avec le blocage massif
Alexandra : du refuge gratuit à la conscience légale
Alexandra est une mère de famille de 41 ans à Lille qui utilisait depuis 2021 ce qu’elle croyait être une plateforme de streaming gratuit légitime. Elle avait découvert ces sites grâce à des groupes Facebook de parents cherchant des solutions pour économiser sur les divertissements familiaux.
Entre 2021 et avril 2025, Alexandra et sa famille regardaient régulièrement films et séries via le piratage sans vraiment comprendre l’illégalité fondamentale de l’activité. Elle pensait sincèrement que c’était un service gratuit comparable à France.tv — juste moins officiellement promu, peut-être même financé par des publicités subtiles qu’elle ne remarquait pas.
Pour Alexandra, ce divertissement gratuit représentait une solution économique cruciale. Son salaire d’infirmière ne lui permettait pas d’accumuler plusieurs abonnements streaming. Elle acceptait les publicités occasionnelles, les interfaces parfois confuses, les risques vagues mentionnés en ligne. L’important était que sa famille pouvait regarder ensemble le soir sans culpabilité.
En mai 2025, une semaine après les blocages judiciaires, tout l’un de ses accès habituels devient inaccessible. Paniquée, Alexandra cherche desperément de nouvelles adresses de sites pirates — elle trouve des guides sur Reddit et Telegram qui lui fournissent des domaines alternatifs. Elle découvre l’existence de VPN et commence à en payer un (NordVPN 12,99€/mois) pour maintenir l’accès.
L’ironie la frappe rapidement : Alexandra dépense désormais 12,99€/mois pour un VPN pour accéder gratuitement au piratage, quand Netflix coûterait 15,99€/mois et offrirait la légalité. Elle fait les calculs : Netflix, Disney+, France.tv, et peut-être un autre service = environ 50-60€/mois. Son budget de mère monoparentale refuse cette dépense.
Cependant, après deux mois de galère technologique, Alexandra abandonne complètement le piratage et s’abonne à Netflix seul. Elle réalise que le blocage l’a ironiquement sauvée en la forçant à changer. Elle considère maintenant le blocage comme une bénédiction qui l’a motivée à chercher une solution légale.
Maxime : l’expert technique qui s’adapte instantanément

Maxime est un développeur web de 38 ans à Paris qui comprend parfaitement les mécanismes techniques derrière le piratage. Pour lui, l’utilisation de Torrent9 est un choix informatique conscient, pas une ignorance naïve. Il accepte sciemment les risques légaux en échange d’un accès illimité à des contenus qu’il juge financièrement surcoûtés.
Maxime utilise un VPN depuis 2015, bien avant les blocages massifs d’avril 2025. Pour lui, les blocages ne changent rien fondamentalement : il continue d’accéder aux mêmes plateformes exactement comme avant, sauf qu’il faut maintenant changer de serveur VPN de temps en temps ou attendre que de nouveaux domaines fonctionnels émergent.
Il connaît les domaines alternatifs : torrent9.uno, torrent9.moe, torrent9.black et peut les trouver en quelques clics via des recherches ciblées ou des groupes Telegram spécialisés. Les blocages du tribunal ne le gênent pas ; ils ralentissent juste les utilisateurs occasionnels comme Alexandra, pas les utilisateurs avertis comme lui.
Maxime télécharge actuellement environ 15 films par mois via le piratage et considère cela comme une forme de protestation contre les tarifs excessifs du marché légal. Pour lui, payer 60€/mois pour accéder fragmentairement au même contenu que le piratage offre centralisé gratuitement est moralement injustifiable. Il argue que les studios gagnent suffisamment via les cinémas, les droits de diffusion TV et les abonnements Netflix, et que le piratage individuel représente une forme légitime d’accès démocratique.
Les blocages ont rendu son experience légèrement plus inconfortable, il doit maintenant activer son VPN, attendre que de nouveaux domaines soient identifiés mais n’ont pas changé son comportement fondamental. Maxime représente un segment d’utilisateurs pour lequel le piratage ne disparaîtra jamais complètement, peu importe les blocages judiciaires.
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Amira : l’exploratrice professionnelle du marché illégal

Amira est une influenceuse de 29 ans à Marseille avec une histoire plus nuancée. Elle utilisait elle-même le piratage depuis 2018, mais quand elle a commencé à monétiser son contenu YouTube/TikTok sur le cinéma et les séries en 2023, elle a dû adopter une position légale publique.
Cependant, Amira continue à surveiller de près ces plateformes de manière anonyme pour comprendre ce que ses viewers regardent et quelles tendances émergent. Elle utilise des VPN pour accéder incognito et voir quels films/séries y dominent les téléchargements, informant ainsi sa stratégie créative de contenu. Elle prétend moralement désapprouver le piratage (« c’est illégal, je ne le recommande pas »), mais pragmatiquement, elle le considère comme un outil de recherche de marché.
Les blocages d’avril 2025 l’ont momentanément perturbée, mais elle a rapidement trouvé de nouveaux accès via des amis encore utilisateurs réguliers — un réseau informel d’information qui persiste malgré la répression judiciaire. Pour Amira, le piratage reste un outil utile malgré la légalité douteuse.
La bataille perpétuelle : efficacité réelle versus perception
Les trois mécanismes de blocage et leurs failles
Le blocage des domaines fonctionne principalement via trois mécanismes : filtrage DNS (empêcher la résolution des noms de domaine via les serveurs FAI), blocage IP (refuser la connexion aux adresses IP serveur identifiées), et mise à jour dynamique (adapter régulièrement les listes).
Cependant, chaque mécanisme a des failles. Le filtrage DNS peut être contourné avec des serveurs DNS alternatifs (1.1.1.1, 8.8.8.8). Le blocage IP devient caduc quand les plateformes changent d’hébergement. La mise à jour dynamique suppose une réactivité que les autorités ne possèdent jamais.
L’efficacité segmentée du blocage
Le blocage fonctionne surtout pour les utilisateurs occasionnels. Pour Alexandra, le blocage a effectivement arrêté l’accès simple. Elle ne savait pas comment trouver les domaines alternatifs ou utiliser un VPN. Son basculement vers Netflix est directement attribuable aux blocages — un succès tactique pour les autorités.
Pour Maxime, les blocages sont une nuisance mineure. Pour Amira, ils représentent une opportunité professionnelle : elle peut se positionner comme étant « au-dessus » du piratage légalement tout en l’utilisant continuellement via VPN.
Le contexte économique : pourquoi le piratage persiste
La réalité des tarifs légaux
Les services légaux sont fragmentés, chers et peu compétitifs face au piratage. Netflix coûte 15,99€, Disney+ 8,99€, Spotify 11,99€, Amazon Prime 5,99€. Accéder légalement à tout le contenu disponible nécessite 70-100€/mois — un prix insoutenable pour la majorité.
Ironiquement, ajouter un VPN (12,99€) aux services légaux crée un coût hybride sans bénéfice : payer pour la légalité ET payer pour l’anonymat. Un paradoxe économique qui force les utilisateurs vers des choix extrêmes.
L’acceptation sociale du piratage
Les statistiques montrent que 60% des Français comprennent le recours au piratage, un consentement social stupéfiant. Cette acceptation reflète une perception d’injustice fondamentale : pourquoi les contenus doivent-ils être payants alors que leur distribution numérique coûte pratiquement zéro ?
Ces questions philosophiques sous-tendent la persistance du piratage malgré les blocages massifs.
| 📊 Utilisateur | 🎯 Profil | 📈 Impact du blocage |
|---|---|---|
| 👩 Alexandra | Naïf occasionnel | Efficace (passage légal) |
| 👨 Maxime | Expert technique | Minimal (contournement facile) |
| 📱 Amira | Professionnel pragmatique | Neutre (impact zéro) |
Conclusion : une victoire symbolique, pas une solution
Les blocages d’avril 2025 représentent une victoire tactique mais stratégiquement insignifiante. Les autorités peuvent bloquer des domaines, la demande sous-jacente pour le contenu bon marché/gratuit persiste. Tant que cette demande existe et que les plateformes peuvent se régénérer, le phénomène ne disparaîtra pas.
Alexandra représente les utilisateurs qui abandonnent après les blocages un succès partiel. Maxime représente les utilisateurs qui adaptent simplement leurs techniques, un non-événement. Amira représente les utilisateurs qui profitent du chaos pour leurs propres intérêts, une subversion complète de l’objectif officiel.
La véritable solution n’est pas techniquement dans les blocages, mais économiquement dans une offre légale plus compétitive, mieux consolidée et équitablement tarifée. Trois ans de blocages massifs n’ont pas résolu ce problème fondamental, suggérant qu’il ne sera jamais résolu par la répression technique seule.
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FAQ : Questions sur les domaines bloqués et le piratage
Parce que la demande persiste. Tant que les contenus coûtent cher et que les utilisateurs acceptent les risques légaux, les pirates continueront. Les blocages réduisent l’accessibilité pour les naïfs, mais les utilisateurs avertis trouvent toujours des solutions.
Un VPN masque votre IP réelle, contournant les blocages DNS. Cependant, l’Arcom peut toujours détecter votre participation via d’autres méthodes. Un VPN réduit le risque mais ne l’élimine pas.
Un VPN coûte 12,99€/mois. Netflix seul coûte 15,99€. Ensemble, c’est 28,98€, moins que l’accès complet à tous les services légaux (80€+/mois). Pour les utilisateurs budgétaires, c’est une différence énorme.
Oui, certainement. Les extensions exotiques et les juridictions laxistes garantissent un réservoir inépuisable de nouveaux domaines. Les utilisateurs avertis les trouveront via Telegram, Reddit ou d’autres réseaux décentralisés.
L’Arcom peut détecter votre IP dans les swarms et envoyer un avertissement gratuit. Après un avertissement, les risques d’amende (1500€+) augmentent drastiquement. L’emprisonnement est extrêmement rare pour les utilisateurs individuels.